Présentations

Présentation de la Maison de Béthanie – TOGO 2019

Interview de soeur Victoire Olympio, Directrice de la Maison de Béthanie au TOGO par Philippe Wattier au mois de juin 2019.

Présentation de l’orphelinat de Bassar – TOGO 2019

Sœur Judith est la responsable de l’orphelinat de Bassar, petite ville du centre du Togo, que nous souhaitons soutenir. Elle accueille avec peu de moyens et beaucoup d’amour dix-sept enfants orphelins. Retour sur le parcours d’une femme exceptionnelle.

Sœur Judith pouvez-vous d’abord vous présenter et nous parler de votre enfance.

Je m’appelle Atoguima Djiwa. Je suis née en 1980 à Baga Maragou dans le nord du Togo. Je n’ai pas connu mon père, il est décédé alors que j’avais trois mois. Je n’ai jamais reçu d’éducation catholique et ma mère ne m’a jamais conduite à l’église. Pourtant, elle avait été baptisée et confirmée au Ghana. Elle s’est remariée très jeune avec un militaire, mais il était d’une grande violence. Pour elle, comme pour moi, la vie n’était pas rose. Si bien que j’ai été élevée par ma grand-mère qui m’a recueillie.

Avez-vous pu aller à l’école ?

J’aurais dû aller à l’école comme les autres enfants de mon âge mais ma grand-mère n’avait pas les moyens de payer l’écolage, si bien qu’au milieu du trimestre j’ai décidé d’y aller quand même en me cachant au fond de la classe pour que le maitre ne me voit pas. Bien entendu, il a découvert la supercherie et m’a ramenée chez moi. Là, il a pris conscience de ma situation et a voulu m’aider.

C’est ainsi que je me suis retrouvée inscrite à l’école catholique de Baga. Le maitre a continué à payer les frais de scolarité, j’étais une bonne élève, première de classe dès le CP1

C’est à ce moment-là que vous découvrez la religion catholique ?

A la sortie de l’école à 17h30, on nous prenait pour la catéchèse. On nous parlait de Dieu. Cela m’intéressait. J’ai commencé à aller à la messe les dimanches.

Après 6 mois de catéchèse, j’ai reçu le baptême en 1992 à la paroisse Saint Joseph Ouvrier de Baga.

La même année, j’ai obtenu le CEPD (Certificat d’Etudes du Premier Degré) pour rentrer au collège.

A ce moment-là, la providence a mis un homme important sur ma route, le père Ignace Sambar Talakena, de la cathédrale de Kara, la grande ville du nord où je m’étais rendue. Il connaissait mon père et l’aimait beaucoup, malheureusement bien qu’il fût chrétien, il n’avait pas pu le marier à l’église car il avait pris deux femmes. Il va assurer gratuitement mes études et m’inscrire au collège Adèle de Kara et à l’internat.

Vous voici dans un collège tenu par des sœurs, comment se passe la suite de votre éducation ?

Jusque-là, la religion ne me touchait pas vraiment, mais une de ces sœurs marianistes avait voué sa vie aux pauvres, aux aveugles, aux lépreux, aux femmes délaissées. J’ai tout de suite voulu faire comme elle. Pendant ce temps le père Ignace Ambar continuait de payer mes études. Il est devenu évêque de Kara et moi de mon côté, j’ai passé mon bac en 2003. Une fois celui-ci obtenu en je lui ai dit « je veux devenir religieuse ». Il a souri et m’a dit « continue tes études ».

C’est cette religieuse marianiste qui a muri votre vocation ?

Oui, et puis un jour il y a eu un déclic : alors que j’assistais aux vœux perpétuels de deux sœurs, j’ai été saisie par l’Evangile de Matthieu (Mtt 45, 31-45) : celui où Jésus nous invite à donner à manger aux pauvres, à les vêtir, à les accueillir, à les soigner … « en le faisant c’est à Moi que vous le faites ». Ma vocation ne faisait plus aucun doute.

Comment se passe ensuite votre parcours de religieuse jusqu’à l’orphelinat de Bassar où vous êtes aujourd’hui ?

En 2004, je suis rentrée au couvent chez les Sœurs saint André de Peltre. J’ai fait 4 ans de formation religieuse. Durant la formation, la maîtresse de formation me demandait toujours : « que veux-tu faire ensuite et je lui répondais toujours : « m’occuper des pauvres ». En 2008, j’ai fait mes vœux temporaires. En 2009, j’ai fait un stage à la Direction Régionale de l’Action Sociale à Sokodé. Là, j’ai rencontré toutes sortes de personnes en détresse : des enfants orphelins, laissés à eux-mêmes, errant dans la rue, dormant dans des hangars ou sur les étals des marchés. Quand ils étaient malades, on les abandonnait en les traitant de sorciers. Je suis devenue Assistante sociale. J’ai même fait des études informatiques et en 2014, j’ai fait mes vœux perpétuels. Je suis devenue Sœur Judith et j’ai été affectée ici à l’orphelinat de Bassar.

J’y accomplis ce qui a toujours été ma vocation : être auprès des petits innocents orphelins, leur donner la joie et l’amour de la vie, leur redonner naissance.

Propos recueillis par Philippe Wattier pour LMBA- Aout 2019